INTERVIEW. Visage emblématique du corps professoral de la Star Academy entre 2005 et 2008, l’ancien champion du monde de karaté Christophe Pinna, 57 ans, a accepté de dévoiler les coulisses de son aventure dans le célèbre télé-crochet de TF1 pour Télé-Loisirs.
Du dojo au château de Dammarie-les-Lys, Christophe Pinna a eu un parcours extraordinaire. Légende du karaté (avec six titres français, six titres européens et quatre titres mondiaux), le Niçois de 57 ans a également marqué la Star Academy — dont l’édition 2025 est actuellement diffusée sur TF1 — durant quatre saisons par sa rigueur et sa bienveillance auprès des élèves. Rare en interview, l’ancien athlète, qui a récemment révélé être atteint d’un cancer, a accepté de se confier sans détour à Télé-Loisirs sur son quotidien dans le programme, ses méthodes pédagogiques avec les candidats et ses souvenirs hors caméras. Il offre ainsi un regard inédit sur les coulisses de cette émission musicale culte, en égrenant ses souvenirs.
“J’ai jeté tout ce que j’avais préparé” : pourquoi Christophe Pinna (Star Academy) a dû changer sa façon de travailler avec les élèves
Télé-Loisirs : Avant d’être une figure de la Star Academy, vous êtes surtout un champion de karaté. Ce sport a-t-il toujours été une évidence pour vous ?
Christophe Pinna : Pas du tout. J’ai commencé à 5 ans par punition car j’étais un enfant un peu dissipé. Le directeur de mon école avait conseillé à mes parents de me faire pratiquer un sport qui me canaliserait. C’est ainsi que deux fois par semaine, en pleurant dans un premier temps, et accompagné de mon grand frère, j’allais au karaté.
Votre parcours vous a mené des tatamis aux plateaux de télévision. Avec le recul, comment expliquez-vous ce chemin assez atypique ?
Quand j’ai arrêté la compétition en 2000, je n’avais pas préparé de reconversion alors que certains athlètes avaient repris les cours avant d’arrêter leur carrière. J’ai préféré me retrouver dos au mur, sans plan B. Le 14 octobre 2000, je suis devenu champion du monde toute catégorie et je ne savais pas ce que j’allais faire. Dès le lendemain, on m’a proposé des postes d’entraîneur national, notamment en Grèce. Toute ma vie, je me suis laissé porter par les opportunités qui se sont présentées à moi. C’est aussi de cette façon que je suis devenu professeur de sport à la Star Academy.
Justement, comment avez-vous rejoint le corps professoral de l’émission ?
J’avais été entraîneur de l’équipe américaine de karaté aux États-Unis. En rentrant en France, un de mes sponsors avait un neveu qui travaillait dans la production. On m’a conseillé d’aller faire un essai et j’ai reçu un appel pendant l’été 2005 pour assister Tiburce Darou, le professeur de sport de l’époque [décédé en 2015, NDLR]. Il devenait un peu vieux et ne pouvait plus faire certains exercices. J’ai d’abord refusé. Ils m’ont rappelé quelques semaines plus tard pour me proposer le poste de Tiburce. Le premier jour au château, je me suis retrouvé face à des élèves en jeans, doudounes et écharpes autour du cou. Je me suis trouvé ridicule car j’avais travaillé sur des programmes sportifs. J’ai compris qu’il ne fallait pas leur faire faire du sport, mais leur faire comprendre l’intérêt d’en faire. J’ai jeté tout ce que j’avais préparé et j’ai fait passer des entretiens aux candidats.
“J’ai demandé à ce qu’on ne le voit pas à la télé” : Christophe Pinna, ancien professeur de sport à la Star Academy, raconte une anecdote sur Magalie Vaé
Vous êtes resté professeur de sport à la Star Academy de 2005 à 2008. Quel souvenir gardez-vous de vos débuts ?
La production m’avait demandé de monter parfois dans la chambre, comme Tiburce, pour les réveiller en les secouant afin qu’ils aient des images à diffuser. Je n’ai jamais voulu. J’ai dit à Alexia Laroche-Joubert : “Je suis éducateur sportif et non animateur télé. Je ne suis pas là pour retourner leurs lits. Si ma façon de faire n’est pas télévisuelle, vous ne me prendrez plus“. Finalement, la production m’a laissé faire et ne m’a rien imposé pendant quatre saisons.
Quel était votre engagement auprès des élèves pendant l’émission ?
J’ai toujours été très impliqué. Au départ, la production voulait que je dorme à Paris, mais j’ai demandé à rester près des élèves au château, en cas de problème. Après un délai, la production a accepté que je m’installe dans une dépendance du jardin où se trouvait une partie de son équipe. Il m’est arrivé d’intervenir hors caméra, parfois en pleine nuit, lorsque certains élèves voulaient quitter l’aventure. Bien qu’isolés de l’extérieur, des confidences de coiffeuses ou de chauffeurs pouvaient les perturber, comme la fois où ce père est réapparu après vingt ans d’absence en voyant son enfant à la télévision.
Comment se passaient les ajustements entre votre travail et les contraintes de la production ?
Il a parfois fallu passer des accords. Lors de la saison 5, Magalie Vaé était en surpoids. J’avais négocié de l’aider, avec sa volonté, à perdre quelques kilos afin qu’elle aille jusqu’en finale. Comme le jardin est légèrement incliné, pour ne pas la faire souffrir, je l’avais attachée derrière moi avec une corde. Ça l’allégeait pour monter. Afin de préserver son image et éviter les critiques, j’ai demandé à ce qu’on ne le voit pas à la télé. La production m’a proposé de le montrer une seule fois, en le faisant sous forme de cours de sport, avec l’accord de Magalie qui a perdu plus de 20 kilos.
“J’étais un peu ignoré” : Christophe Pinna (Star Academy) évoque sa place parmi les autres professeurs dans l’émission
Quelle est votre plus grande fierté à la Star Academy ?
En quatre ans, un seul élève est arrivé en retard à mon cours. À l’époque, je l’avais renvoyé et j’étais passé pour le méchant. [il rit.] Je ne suis jamais allé les chercher dans leur chambre. Mon défi était qu’ils viennent d’eux-mêmes. J’avais rendu mon cours non obligatoire, mais ils avaient compris qu’il les préparait pour le prime. Le sport est au service des autres cours dispensés à la Star Ac’.
Quelle relation entreteniez-vous avec les autres professeurs ?
Ce n’est pas méchant, mais j’étais un peu ignoré. Il y avait les stars des profs d’un côté, et j’étais la dernière roue du carrosse. [Il rit.] Mais attention, je ne l’ai pas mal vécu ! La Star Ac’ est une émission musicale, pas de sport. J’étais donc à la place que je devais occuper. Ça m’a donné beaucoup de liberté car les élèves étaient eux-mêmes avec moi. Ils n’avaient pas à faire du cinéma puisque je n’avais aucune influence sur leur parcours dans l’émission. C’est après l’émission que j’ai développé une amitié avec certains professeurs comme Oscar Sisto ou Armande Altaï que j’adore.